Les Nouvelles Fantastiques

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Les Nouvelles Fantastiques

Message par Polth le Ven 21 Aoû - 20:36

Je vous propose ce topic pour partager d'éventuels contes & histoires totalement sans rapport avec WTTOW que l'on aurait pu écrire dans nos vies !

Je commence avec une nouvelle écrite pendant mes études d'ingé.


Quelque part dans l’espace

Un siècle et demi après la découverte de la première nappe de pétrole, l’exploitation mondiale s’était arrêtée, plus aucune goutte ne sortait des puits construits par l’Homme. Il ne restait plus que quelques années de réserve. Dans la nécessité de trouver une nouvelle énergie pour subvenir aux besoins de l’humanité, plusieurs organisations internationales collaboraient dans leurs recherches sur Terre et dans l’espace.
***

Jean, géologue de passion, travaillait à l’Institut International de Géologie, à Yellowstone, dans le Wyoming. Avec dix ans de carrière derrière lui, il était considéré comme l’un des plus réputés à l’échelle mondiale. Spécialiste du système solaire, il avait fait toute la cartographie des planètes à l’aide des clichés de la NASA. Très croyant, il suscitait la moquerie de tous ses collègues, sauf de son ami de toujours Luc, qui le suivait partout. Aventurier sans attache, ce dernier était aussi venu au parc de Yellowstone pour explorer toute la région dans le but d’écrire une de ses fabuleuses histoires dont il avait le secret. Ils avaient grandi ensemble dans le XVème arrondissement de Paris. Jean portait des lunettes rondes qui lui promettaient un avenir studieux, tandis que Luc, beaucoup plus sportif, les cheveux blonds mi-longs, adorait écrire des histoires sur tout ce qu’il lui arrivait. Ne supportant plus les grandes tours froides construites en verre qui avaient remplacé les anciens immeubles vieillissants et tombants en ruine, ils avaient décidé de s’expatrier, après les études de Jean, dans un des plus beaux parcs nationaux du monde. Mêlant geysers géants, caldeira et sources chaudes, c’était un terrain de jeu parfait pour les deux français.

Le 29 mars 2100, la NASA, après plusieurs années d’écoutes sans succès, capta un signal d’une puissance jamais vue jusqu’à ce jour. Il provenait de la huitième et dernière planète du système solaire : Neptune. Une image était apparue sur les ordinateurs des ingénieurs : le spectre énergétique de toute notre galaxie. Complexe à analyser et à traiter, l’organisation allait recruter les meilleurs scientifiques du monde pour aller chercher ce trésor inestimable. L’institut spatial recruta une équipe de onze personnes, capables de partir tout de suite dans le seul vaisseau pouvant parcourir des millions de kilomètres en un temps record. Il n’avait cependant jamais été utilisé.
Luc passait la journée chez Jean, quand le téléphone retentit. La mâchoire de Jean se décrocha, il venait de recevoir un appel de la NASA lui proposant de partir sur Neptune. Il posa cependant une condition : amener Luc avec lui. Ils seront donc douze à partir.

Dès le lendemain, les parisiens furent la rencontre de Marc, pilote du vaisseau, et Matthieu, l’aîné du groupe, archéologue de renom. Ils découvraient ensemble la beauté de cette construction : cent mètres de long, vint mètres de large, entouré d’un anneau gravitationnel et affûté à l’avant d’une gigantesque parabole, permettant ainsi à l’équipage de communiquer tout le long du voyage. L’aller allait leur permettre de faire connaissance, un mois entier de voyage dans le Neptunien, baptisé en l’honneur de la mission.
Arrivés sur la géante bleue, les capteurs du vaisseau leur indiquèrent une zone très précise dans laquelle se trouvait le signal émis. Armés de détecteurs, l’équipe se déploya pour trouver la source puissante d’énergie. Après quelques heures de recherches, Matthieu trouva une caverne pleine de petites pierres bleues brillantes. Ils venaient de découvrir une nouvelle source d’énergie plasmique, presque inépuisable, promettant un bel avenir à la Terre pour de nombreux millénaires. L’équipe s’empressa de ramener plusieurs échantillons au sein du vaisseau pour quitter la planète gazeuse au plus vite et
éviter un manque d’oxygène. Après le décollage, ils firent part de leur découverte à la salle de contrôle de la NASA.
À l’approche de Jupiter, la pierre se mit à briller de manière aveuglante, compromettant la communication avec la Terre et le système de navigation. Marc prit l’initiative de piloter en mode manuel jusqu’à leur retour dans l’atmosphère terrestre.

La NASA perdit subitement le contact avec le vaisseau. Ce dernier fut immobilisé par un trou noir. Au même moment, une équipe d’archéologues fouillant des cavernes encore inexplorées aux alentours de Jérusalem retrouva une gigantesque épave, identifiée comme étant celle du vaisseau actuellement en expédition. Le signal fut définitivement perdu et le vaisseau complètement absorbé dans un trou spatiotemporel.
La pierre s’arrêta subitement de briller, le vaisseau redevint opérationnel mais les instruments de navigation ne donnaient plus de mesures cohérentes. La position des planètes et des étoiles les plus proches avait changé. Marc amorça leur rentrée sur Terre. Sans contrôler l’attirance gravitationnelle, ils s’écrasèrent dans un paysage désertique. ! Analysant des échantillons de sable et l’écartement des planètes, ils en déduirent qu’ils étaient revenus deux millénaires dans le passé, en l’an 30. Ne pouvant repartir immédiatement à cause du système de navigation endommagé, ils profitèrent de cette occasion unique pour explorer la petite ville qui se trouvait non loin. Ils se divisèrent en deux groupes, l’un restant avec Marc pour réparer le vaisseau, et l’autre, dirigé par Jean, parti à la découverte de la civilisation ancienne. Arrivant aux portes de la ville, ils découvrirent des scènes d’immense dévastation. Matthieu, parlant latin couramment, débuta la conversation avec un homme qui semblait très surpris :

- “Bonjour, vous n’avez rien à craindre de nous, où sommes-nous ?” L’habitant mis plusieurs secondes à répondre :
- “À... À Jérusalem.”
- “JÉRUSALEM ?” s’écria Jean. Il n’en revenait pas. Une multitude de questions lui vint à
l’esprit. Il continua alors :
- “Où pouvons-nous trouver Jésus ?”
- “Jésus ? Personne ne s’appelle Jésus ! Qui êtes-vous ?”

Les membres de l’équipage se regardèrent interloqués et décidèrent de revenir au vaisseau en laissant l’habitant sans réponse.
Faisant part de leur découverte surprenante à la moitié de l’équipe restée réparer, la surprise se répandit.

- “Vous rendez vous compte, Jésus n’existe pas ! Regardez le massacre de cette ville,
nous ne pouvons pas laisser faire ça.” s’exclama Jean.
- “Que proposes-tu ?” demanda Matthieu.
- “On pourrait les aider, leur montrer les écritures de la Bible.” rétorqua le premier.
- “Non mais tu ne vas pas bien, la religion n’a jamais aidé personne !” s’écria Marc.
- “Bien au contraire, cela aiderait la population à prendre un nouveau départ, à respecter
les plus simples règles de toute civilisation. C’est le seul moyen de préserver l’avenir tel qu’on le connaît.” argumenta Jean.

Après concertation, le groupe d’explorateurs décida de se présenter aux habitants de Jérusalem comme étant douze représentants d’une entité supérieure. Immédiatement après, Jean dictait à Luc tous ses souvenirs concernant les écritures de la Bible. Une semaine plus tard, le groupe présenta ce texte novateur et révolutionnaire à ce peuple en proie à la guerre. La plupart accepta ces idées clefs pour la paix, faisant de Jérusalem le premier berceau d’une civilisation pacifiste.
Marc se rendit à l’évidence, ils ne pourraient plus jamais repartir. Ils décidèrent alors de partir répandre leurs idées dans le monde entier jusqu’à leur mort.

En l’an 2100, les chercheurs découvrirent un cahier Oxford retrouvé dans les décombres du vaisseau. Ils purent le dater et révéler l’encre qui s’était effacée au fil du temps. Ce cahier avait plus de 2000 ans, et était signé par Jean, Luc, Marc, Matthieu ainsi que les 8 autres membres de l’équipe du Neptunien. Après analyses poussées, ils identifièrent l’ébauche de tous les écrits évangélistes.
***
Lors de leur naissance, les aventuriers de Neptune lisaient déjà la Bible qu’ils avaient écrite 2000 ans auparavant. À la fin de leur cahier, une note reposait :

“Nous nous sommes retrouvés en l’an 30. Jésus n’existe pas. Les civilisations sont en guerre. Pour retrouver la paix de ce monde, nous avons du créer cette religion sans fondement qui est la nôtre. À ceux qui liront ce message, à vous de savoir si le monde est prêt à faire face à la vérité...”.
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Re: Les Nouvelles Fantastiques

Message par Vaiana le Dim 23 Aoû - 14:56

(Pas à strictement parler une nouvelle, mais un background de personnage pour un D&D sur table. Un vieux gnome rigolo nommé Puckledee Deedledum. Il date de... quatre ans déjà !... mais je l'aime bien : la preuve, c'est que le texte existe encore, malgré ma tendance récurrente à supprimer mes écrits dès que je cesse de les assumer ^^)

***

« Et c'est ainsi, conclut le vieux gnome, que nous délivrâmes la douce princesse Blanche de sa prison de glace, et que le printemps revint sur Iludice... »

Des cris et des applaudissements fusèrent de toutes parts, tel exigeant un autre conte, tel s'indignant que ce fût déjà fini. Radieux, Puckledee s'efforça d'apaiser son jeune public, sans parvenir à cacher sa fierté. Son visage bruni et comique était plissé comme une vieille pomme ; mais il arborait un sourire d'une telle fraîcheur – un sourire d'enfant ravi –, qu'il semblait à peine plus âgé que la horde de mômes qui l'entourait. Un petit humain, dix ans tout au plus, s'exclama plus fort que les autres :

« Je sais quelle histoire je veux, oncle Puck ! Tu ne nous as jamais parlé de ton enfance...
- Oh, oh, petit d'homme... Il y a bien des histoires à raconter, et celle-là n'est pas...
- TON-EN-FANCE ! TON-EN-FANCE ! TON-EN-FANCE ! », braillèrent en choeur les gamins, tous séduits par leur nouvelle idée.

Riant de leur enthousiasme, le vieux conteur finit par céder, de vives lueurs dansant dans ses yeux d'or liquide.

« Soit ! Soit ! J'obéirai, cruel petit public... Mais faites silence, et écoutez bien. Car cette histoire-là m'est très chère, hum, et je ne vous la répèterai pas... »

***

« Je suis né comme naissent les bienheureux : de l'amour de mon père et de ma mère. Deux êtres que ni l'intérêt, ni la pression des autres n'ont uni ; tout ce qui les liait, c'étaient leurs propres coeurs... Ils ont désiré ma venue, et Garl Brilledor a souri à leurs voeux. Deux ans après leurs noces, je vis ma première aube.

Nous étions des itinérants. J'ai passé mes premières années sur les routes, avec mes parents et leurs compagnons... Nous étions tantôt cinq, tantôt plus de quarante ; tantôt à pied, tantôt en caravanes. Mais nous nous sentions toujours une famille, hum, enivrée par la même passion du voyage : et nous étions toujours heureux. On nous accueillait à bras ouverts dans les villes, car mon peuple est connu pour son habileté et ses façons chaleureuses. Nous offrions nos services, nos marchandises et nos histoires à qui le coeur en disait : puis nous repartions vers d'autres horizons.

J'étais très jeune, et déjà avide de connaître le monde. Il m'en fallait bien peu pour être heureux ! J'observais avec passion le cheminement des fourmis ou l'oeuvre acharnée des araignées, je passais des heures à regarder mon père réparer une horloge... et plus longtemps encore à la démonter et la remonter lorsqu'il avait fini ! Pas toujours correctement, d'ailleurs, hum... J'essayais toujours d'innover, d'améliorer les mécanismes, jusqu'à ce que ma création finisse par m'exploser à la figure. Mon père me réprimandait, hum, mais sans conviction : au fond de son vieux coeur, il était fier comme un coq que son fils se montre ingénieux et assoiffé de connaissances. Il m'a un peu trop félicité pour cela, d'ailleurs : j'étais un brin mégalomane, hum... Comme la fois où j'ai voulu construire un gros oiseau de zinc, pour faire voler nos caravanes. Sacré oiseau, j'y croyais dur comme, comme zinc, héhé ! J'avais dessiné tous les plans, des tas de rouleaux couverts de mes gribouillis d'engrenages, de ressorts, de tuyaux à vapeur. Quand mon père m'a dit qu'il faudrait bien quinze pièces de platine pour avoir tout ce matériel, j'ai hurlé que c'était injuste et qu'on bridait ma créativité ! J'ai boudé pendant deux jours, hum... Et puis j'ai fini par le construire, mon oiseau. Mais miniature... »

Le vieux gnome s'interrompit, souriant. Répondant au souhait silencieux qui brillait dans les yeux des gosses, il ouvrit sa besace et en tira une petite boîte de métal cabossé. Sous une douzaine de regards attentifs, il appuya doucement sur un bouton, et une minuscule porte coulissa – puis une autre – puis une autre, jusqu'à laisser jaillir une merveilleuse petite créature métallique. Une mésange de zinc... Chaque détail y était, amoureusement imité : chaque plume, si fine, était gravée de rainures délicates qui avaient tout de la plume véritable. L'oiseau mécanique voleta dans l'assistance, acclamé par les enfants ravis. Puis ses ailes battirent de plus en plus faiblement, et il vint se poser sur l'épaule du petit humain qui avait réclamé l'histoire.

« C'est toi qu'il a choisi, Ethan, fils de Drustan, annonça solennellement Puckledee. Voici sa boîte : prends bien soin de lui. Tu as dans les mains ma première création, ou du moins, hum, la première réussie. Et qui sait : peut-être qu'un jour, tu lui construiras un grand frère... »

***

Le calme revenu dans l'assistance, c'est-à-dire après une bonne demi-heure à jouer avec l'oiseau de zinc, Puckledee reprit son histoire.

« Nous étions donc nomades, hum, je vous l'ai déjà dit... Priant en toute occasion la brumeuse Séhanine de veiller sur nous au hasard des chemins. Eh bien une nuit, c'est sur mon destin que l'Eternelle Rêveuse accepta de se pencher. Et sous quelle douce forme, mes enfants... Cette nuit-là m'apparaît encore souvent en songe.

Voici. J'étais encore un enfant – même pas trente ans à l'époque, sacrebleu, et si cela vous paraît déjà bien vieux, souvenez-vous que l'enfance est une période bénie, hum, qui dure bien plus longtemps pour les gnomes que pour les petits d'homme. J'étais un enfant, et plus que tout, plus encore que les rouages et les ressorts, plus encore qu'observer la nature en rêvant de l'imiter un jour, j'aimais les récits et les légendes. Celles que racontaient mes compagnons de voyage, celles que nous confiaient les étrangers qui croisaient notre route, celles enfermées dans le secret des vieux livres que mes deux pièces de cuivre par semaine n'auraient jamais suffi à acheter... Toutes faisaient battre mon coeur plus fort qu'un tam-tam gobelin.

- Les gobelins ont des tam-tams ? Interrompit une halfeline, incrédule.

- Si je dis qu'ils en ont, ils en ont, jeune fille ! Et d'ailleurs, ils en jouent très mal. Je reprends. Donc, lorsque Séhanine a souri à ma destinée de jeune gnome impertinent... Notre route s'était arrêtée pour quelques jours dans la bonne ville de Nydrajann. Les affaires y étaient excellentes : aussi tout le monde y fourmillait-il en ne songeant guère au départ... Quant à moi, c'est bien simple, on m'avait plus ou moins oublié. Enchanté de cette nouvelle liberté, je résolus d'en profiter allègrement. Il y avait un grand bois, à quelques pas de la ville, hum... Dès la première nuit, je quittai l'auberge pour m'enfoncer à travers ses feuillages.

La nuit était clémente et étoilée. Mais plus encore que le doux clair de lune, ce fut la forêt elle-même qui guida mes pas... Je ne sais quelle magie régnait en ces lieux : mais la mousse étendue sur les arbres, les champignons, et une multitude d'étranges fleurs émettaient une tendre lumière : si bien que toute la forêt baignait de lueurs pâles, comme si le firmament s'y était déposé...

J'avançai, médusé par tant de beauté. Le silence de la nuit n'était pas un silence : au contraire, il ruisselait de bruits secrets et étouffés, plein d'une vie inconnue et superbe que mes sens étrangers ne devinaient qu'à peine...

Lorsque soudain, mes pas s'arrêtèrent. J'étais arrivé. Elle était là. »

***

« Elle... Je crois l'avoir nommée ainsi au premier regard : comme si, quel que soit le nom qu'Elle me dirait, ce serait toujours ce mot qui La couronnerait. Mais comment la décrire, hum, petits sacripants, à vous qui ne l'avez jamais rencontrée...

C'est bien simple, elle était sublime. Elle était toute la beauté de la forêt, ou plutôt la forêt devait être devenue si belle par sa présence... Elle transformait toute chose en magie et en rêve. Mes yeux ont changé en la contemplant... De petits et marrons qu'ils étaient, voyez, ils ont grandi pour mieux la regarder : et c'est dans son regard d'or pur que j'ai puisé cette couleur nouvelle...

Avez-vous déjà vu des pixies, mes enfants ? Pour moi, hum, c'était la première fois que j'en rencontrais une, et j'en étais paralysé de joie. Imaginez-vous la plus délicate petite fille qui soit sur Terre... jolie comme un cœur, légère comme la rosée, si petite qu'elle pouvait se coiffer d'une simple feuille morte. Et ses yeux, si brillants et limpides... on aurait dit deux gouttes de lumière. »

Médusés, les enfants retenaient leurs souffles. Ils pouvaient presque voir la petite fée de Puckledee ; le vieux gnome eut un léger pincement au cœur, en constatant, une fois de plus, à quel point tout regard d'enfant ressemblait au regard de sa fée. Qu'ils soient humains, halfelins, ou du peuple orgueilleux des Elfes... C'était toujours la même lumière au fond de leurs douces prunelles. Comme s'ils voyaient et sentaient tout un monde qu'ils oublieraient en grandissant. Malgré tous ses vœux d'autrefois, le gnome aussi avait grandi. Il lui arrivait d'avoir peur du futur, de laisser la raison étouffer ses rêves. Il s'était laissé devenir un vieil homme, plus faible et plus ridé de jour en jour. Pourtant... ce qu'il révérait encore plus que tout au monde, c'était la douce folie de l'enfance. S'entourant de gamins dès qu'il le pouvait, les poussant au rêve, s'abreuvant des leurs. C'était en souvenir d'Elle, sans doute, qu'il se sentait l'oncle bienveillant de tous les enfants de ce monde.

Lorsqu'il reprit son histoire, hésitant, Puckledee avait la voix enrouée par l'émotion.

« Elle... elle s'est présentée : Lisianthus Tissesoie. Fille de la plus habile des fées, dont les broderies florales étaient si exquises que les vraies fleurs en pleuraient de jalousie : de vraies larmes bleutées, avec un léger parfum de miel... Ne voulant plus voir les fleurs pleurer, sa mère choisit alors de broder autre chose : elle représenta des fruits, aux couleurs plus somptueuses les unes que les autres. Quand l'ouvrage était achevé, il suffisait d'effleurer la toile : alors le fruit magique se détachait du tissu, et c'étaient les meilleurs fruits qui se pussent imaginer. Lisianthus était née comme cela, elle aussi. Elle me raconta que, lorsque sa mère fut prise du désir d'un enfant, elle passa de longues nuits à choisir ses fils parmi toutes les nuances qu'elle possédait : puis elle se mit à l'ouvrage, et lorsqu'elle eut terminé, lorsqu'elle posa les dernières touches de lumière dans les yeux de sa petite fille, la tapisserie s'anima : Lisianthus sourit, et sortit du tissu pour enlacer sa mère. »

***

C'était un mensonge, bien entendu.

Même si Puck ne l'avait pas su dès l'instant où Elle le lui disait, il aurait été forcé de le comprendre le lendemain. Car la nuit suivante, il revint au bois, cherchant à se perdre à nouveau jusqu'à ce qu'il retrouvât sa fée. Et elle lui raconta une autre histoire, totalement différente, prétendant s'appeler Ardri Lèvres-d'Or. Enchanté, le gnome entra dans son jeu : chacune de leurs rencontres devint un concours de mensonges plus colorés les uns que les autres. Pour elle, il fabriqua la mésange de zinc : la vraie, son premier automate, pas la copie bien plus récente (et de bien meilleure qualité)  qu'il avait offert à Ethan. Ses mécanismes étaient grossiers et maladroits, trahissant le manque d'expérience du jeune garçon. Pourtant, les yeux de la Pixie brillèrent de joie lorsqu'il la lui offrit : elle se laissa embrasser sur la joue, avant de lui raconter que c'était là l'oiseau des Foudres, né dans les brumes, une nuit d'orage. Lorsqu'il volait à travers les cieux, de splendides éclairs naissaient dans son sillage... Il ne fallait pas détester l'oiseau des Foudres, expliqua-t-elle : ces jaillissements de lumière, à travers la sombre violence de l'orage, c'était pour rappeler aux hommes que même dans les moments les plus noirs, l'espoir était toujours là.

Deux semaines s'écoulèrent avant que Puckledee ne soit rappelé à la réalité. Les gnomes nomades repartaient... Ses adieux avec la Pixie ne furent pas tristes, pourtant. Ils se contentèrent de raconter une autre histoire.

« On disait que je m'appelais Calaam, et que tu t'appelais Puckledee.

- On disait que tu étais la plus jolie fille de la terre, et que j'étais ton amoureux.

- On disait que tu ne partais que pour un moment. Comme les princes qui voyagent et traversent les pires épreuves, afin de revenir épouser la princesse.

- On disait que tu allais beaucoup me manquer. »


Ils jouèrent à se marier sous les feuillages. Puckledee Deedledum, voulez-vous prendre pour épouse Calaam Rêve-Ardent, puisque c'est cela, son vrai nom, et qu'elle dit vrai quand elle dit qu'elle vous aime...

Tout cela, Puckledee ne le raconta pas. Il se le racontait seulement à lui-même, quand la solitude devenait trop lourde à porter. Quand il avait trop mal de ne jamais l'avoir retrouvée.
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Re: Les Nouvelles Fantastiques

Message par John Craft le Mer 26 Aoû - 11:13

Rapide sélection de poésies que j'aime bien



Petits instants de solitude
Vous sonnez comme une rengaine
Dont le silence est le prélude
Et l'insomnie est la dondaine.
Vous chantez dans un doux murmure
Que vous ne comptez pas rester
Quand avec vous, chaque heure dure
Plus longtemps que dure une année.







Samedis soirs, je vous déteste
Quand dans vos longues embrassades,
Vous n'enlacez que les heureux
Et ignorez les solitaires,
Qui, sans un sanglot, ne protestent
De supporter ces soirées fades
Où, pour compagnon, ils n'ont qu'eux,
Et pour Paradis que l'Enfer.

Quand vendredi, les autres gens
S'amusent déjà par avance
De ce qu'ils vont se retrouver,
Jouer, rire, s'embrasser et jouir
Dans les lèvres d'un inconnu,
Le corps rempli d'un feu ardent,
Ceux qui n'ont jamais cette chance
Se taisent pour les supplier
D'être invités à ces délires
Pour enfin vivre un imprévu.

C'est dans leur lit, double mais vide,
Qu'ils réalisent leur tristesse,
Et à quel point tout être humain
Hait le silence d'une chambre.
Désabusés, crispés, livides,
Ils tentent d'oublier la liesse
Dont ceux qui plaisent sont étreints,
Et fixent leurs murs couleur ambre

En se disant que le malheur
N'est jamais qu'être dans le noir,
Insomniaque depuis des heures
Sans personne un samedi soir.







Rien n'est plus ardu
Qu'une fille mignonne
Assise dans le train
Dont tu n'espères rien
De plus que son regard
Pour répliquer au tien...
Et descend à sa gare
En faisant presque croire
Qu'elle ne t'a pas vu
Lui lancer un "bonsoir"
Des yeux et de chagrin,
Et puis qui t'abandonne...







Cette lune que tu regardes
Pendant les nuits où tu te dis
Que tu n'as personne pour toi
Ou personne qui ne t'entend,
Va-t-elle à la même vitesse,
Quand dans le ciel elle s'enfuit,
Que celle que je vois aussi
Dans mes solitaires moments ?
Si après tout, tous les gens seuls
Ne l'étaient pas par solitude,
Mais parce qu'ils ne trouvent rien
A partager avec le monde ?
Si, tendresse, dans les étoiles,
Tu penses les voir qui t'éludent,
Si dans tes plus tardives heures,
Toujours tes propres yeux t'inondent,
Pense à moi, tendre, pense à moi,
Pense que moi aussi je pleure,
Et crois bien, tendresse, crois bien,
Que je partage tout de toi,
Puisqu'il nous suffit d'un seul astre,
Rien qu'un seul céleste écumeur,
Pour que toi et moi, un instant,
Nous nous serrions dans nos bras.







Les arbres atteignent,
Nous semble-t-il, le ciel,
Puisqu'on est à terre.



L'eau ne suffit pas
Pour garder un arbre en vie,
Mais il pleut quand même.







Et quand tous les gens seuls se seront réunis,
Oublieront-ils enfin le fait qu'ils sont tous seuls ?
Hélas, tous les gens seuls ne sont de cet avis :
On est seul un matin; le soir, on reste seul.
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